Vous êtes mère de deux enfants (27 ans et 18 ans) la conciliation de la carrière et de la maternité a-t-il été difficile pour vous ?
Cela ne m’a pas posé de problèmes particuliers. Quand j’ai eu mes enfants, je travaillais déjà. Issue d’une famille de tradition laïque et républicaine je n’ai eu aucun état d’âme à les confier à la crèche ou à la nourrice. Je dirais même que cela a été une très bonne expérience de socialisation pour eux.
En tant que femme, avez-vous été victime de discriminations ?
Je me souviens avoir entendu des phrases dans le genre "est-ce que vous comptez en avoir un autre ?". J’ai surtout vécu la discrimination dans le travail au niveau du salaire. Il m’est arrivé d’avoir un salaire de 20% inférieur à celui de mes collaborateurs les plus proches. Je n’ai pourtant jamais eu de problème de disponibilité. Mon mari avait un emploi du temps très souple.
Je crois que c’est une tradition en France : quand on est une femme, on est moins bien payé. J’ai également ressenti une discrimination par rapport au pouvoir. Quand il m’est arrivé d’en avoir ou d’en revendiquer un peu trop on m’a rendu la vie impossible. J’ai subi un harcèlement moral de la part de collègues ou supérieurs masculins. Mise au placard, surveillance inhabituelle et pesante, remarques blessantes, espionnage du courrier, etc...
Comme je n’avais pas envie de me battre car je travaille essentiellement pour le plaisir, j‘ai préféré partir. Chez les Internénettes, je ne suis pas la seule à avoir vécu le harcèlement. Mais il ne faut pas perdre de vue que c’est également une réalité masculine. L’objectif est de " pousser à la porte".
Que pensez-vous de l’évolution des rapports entre les hommes et les femmes en regard de la discrimination des femmes dans le monde du travail ?
Les hommes doivent changer leurs comportements. Mais l’évolution me paraît aller dans le bon sens.
Mon fils, qui a 27 ans, n’a pas pour ambition de faire carrière. Beaucoup de ses copains sont dans la même perspective. La carrière n’est plus une priorité pour eux, ils ont une autre conception de la place que doit occuper le travail dans leur vie.
De ce point de vue, mon mari est exemplaire. Professeur dans une université de province, il n’a pas hésité à me suivre lorsque l’on m’a fait une offre à Paris. Il a alors complètement modifié son emploi du temps pour regrouper ses cours sur deux jours et faire le voyage deux fois par semaine.
Pour que ce type de comportements se généralise, je pense que l’éducation et l’exemplarité sont très importants. Surtout l’éducation des filles. Si les femmes ne se laissent pas faire, les hommes vont devoir s’aligner. Il y a une espèce de fatalisme français qu’il faut dépasser.
Enfin, très concrètement je crois qu’il faut sanctionner les entreprises qui pratiquent la discrimination salariale.