Quelques mois après la victoire de la gauche à Paris, quel est votre sentiment ?
En ce qui me concerne, on peut parler de l’effet conjugué de deux caractéristiques. Je suis jeune et je suis une femme. Les préjugés sont valables pour l’une comme pour l’autre.
Legs du passé, une femme doit faire doublement preuve de ses compétences. Mais de surcroît, lorsqu’on est jeune et femme, on est à la fois inexpérimentée et victime de préjugés.
Comment avez-vous vécu la parité ?
En tant que femme, je me sens moins isolée, il y a la force du nombre.
J’entends ici et là des réflexions du type elle est un "alibi" elle est jeune, elle est une femme.
Pour surmonter cela, je m’investis dans le travail et je veux être jugée sur ce que je fais. Le fait d’être jeune, cela favorise le dialogue avec les jeunes, c’est un atout. De ce point de vue, je me compare au porte-parole des verts, Stéphane Pocrain. Issu de l’immigration il est lui aussi présenté parfois comme un "alibi". Comme moi, il doit faire d’autant plus les preuves de sa compétence.
Quand j’entends que je suis un "gadget", j’ai vraiment le sentiment que cela émane du microcosme, tout du moins d certains barons de la classe politique. J’observe plus de maturité du côté de la population.
Parce que je suis une femme, on a tendance à me trouver des circonstances plus aggravantes qu’atténuantes. On ne me pardonne pas mes erreurs.
Sur la parité proprement dite, j’éprouve un certain scepticisme. Si je pense qu’il y avait nécessite d’un bon coup de pied dans la fourmilière, en revanche je me situe plutôt dans la tendance égalitariste qui se base sur l’universel, contrairement aux conceptions essentialistes : l’inégalité des sexes est une différence parmi d’autres différences.
Retour en arrière, quel a été votre parcours ?
Je n’ai pas un parcours traditionnel. Cela fait dix ans que j’évolue dans un cadre qui n’a rien d’institutionnel.
Je viens du monde associatif, qu’il s’agisse de Copernic, Mix Cité ou du Collectif National pour le Droit des Femmes et j’ai milité à l’UNEF. Un tel parcours est mieux vu à l’externe qu’au sein du monde politique.
Quel conseil donnez-vous aux femmes qui ont envie de se lancer dans une carrière politique ?
Il faut faire un énorme travail sur la confiance en soi et ne pas se laisser miner par l’environnement.
Pour ne pas souffrir plus tard des critiques sexistes, il faut avoir conscience des difficultés pour mieux les vivre.
Sinon, c’est destructeur dans la mesure où les femmes peuvent être très affectées par des critiques. D’une manière générale, les attaques ne sont pas politiques, elles ne concernent pas le contenu de l’action, elles sont personnelles et privées. D’où l’importance d’établir une distanciation entre le moi et ce qui est donné à voir, l’être politique. Si l’on est attaqué, il faut se poser la question : qu’est ce qui est attaqué ? Cela permet d’éviter une dévalorisation personnelle.