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La révolution sexuelle : rêve ou réalité ?
Les années soixante-dix ont consacré la "révolution sexuelle". Mais a-t-elle vraiment eue lieu ? Catherine Solano, sexologue revient sur ce moment fondateur.

D’après vous la libération sexuelle des femmes a-t-elle eue lieu ?
Les révolutions ne se font pas en un jour. Les mentalités et les comportements évoluent sur plusieurs générations. Dans ma pratique, je constate que les jeunes filles d’aujourd’hui ne sont pas si libérées qu’on peut l’imaginer. Il faut s’entendre sur les termes. Etre "libérée sexuellement" ce n’est pas dire "oui" à toutes les expériences sexuelles qui se présentent.

C’est ce qu’ont vécu beaucoup de jeunes femmes des années soixante et soixante-dix qui ont agi par réaction à la situation antérieure. Aujourd’hui mamans, ce qu’elles ont transmis à leurs filles n’est pas, à mon sens, de l’ordre de la libération sexuelle. Je pense que la vraie libération sexuelle, c’est de faire des choix pour soi et s’interroger : "de quoi ai-je réellement envie ?"

Vous travaillez beaucoup avec les adolescents, que constatez-vous ?
Les jeunes femmes d’aujourd’hui ont l’impression qu’elles doivent calquer leurs comportements sexuels sur ceux des garçons. Du moins sur ce qu’elles imaginent des comportements des garçons.

C’est la raison pour laquelle elle disent "oui" très tôt aux garçons et que 80% d’entre elles sont déçues par leur première relation sexuelle. On ne peut pas dire qu’elles sont libres. Pas davantage que les garçons d’ailleurs qui à l’instar des filles ont tendance à masquer leurs sentiments ou à les mettre de côté. Nous vivons de ce point de vue un moment bizarre de fuite en avant.

Ceci dit, je perçois une évolution des comportements, l’émergence d’une sorte de deuxième phase de la libération sexuelle. Les sentiments, élément fondamental de l’épanouissement sexuel, reviennent petit à petit au premier plan. C’est bien sûr une très bonne chose.

On parle beaucoup de l’angoisse de performance des hommes, est-ce lié à ce que vous décrivez des relations sexuelles ?
Oui. L’angoisse masculine de performance est renforcée par le positionnement sexuel des femmes. Mettre de côté les sentiments dans l’acte sexuel au profit de l’acte sexuel "brut", c’est par définition exercer une pression sur la performance sexuelle. Les hommes la ressentent très fortement. Mais les femmes en sont aussi victimes.

L’angoisse de performance est partagée. Elles sont angoissées par l’idée de ne pas avoir d’orgasme. Non pas tant vis-à-vis d’elles-mêmes que vis-à-vis de leur partenaire qu’elles imaginent dans cette attente. Ils sont angoissés à l’idée de ne pas lui « offrir » d’orgasme, de ne pas la "faire jouir". Il est important de revenir aux sentiments, d’associer l’émotion et le partage, la découverte de l’autre au plaisir sexuel pour dépasser cette angoisse et s’épanouir sexuellement.

La libération sexuelle des femmes a, en partie, été menée au nom de la lutte contre la domination masculine. Quel regard portez-vous sur ce concept féministe ?
Une étude a été menée qui montre que le rythme du rapport sexuel est, le plus souvent, imposé par l’homme dans les relations hétérosexuelles. De la même façon, entre deux hommes, l’un des deux prend généralement les choses en main. Ce n’est cependant pas le cas pour les lesbiennes.

Dans ce type de rapports, il n’y a pas de linéarité établie entre la montée du désir et l’orgasme. La relation est beaucoup plus décousue, elles font des pauses, le rapport est beaucoup plus discontinu. Sans tirer de conclusions hâtives, cette étude vient renforcer l’idée que la domination masculine est une réalité.



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